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Urien-Lefranc Fanny

par Nadine Boillon - publié le

 

Doctorante contractuelle à l’EHESS, sous la direction de Sossie Andézian et d’Enric Porqueres i Géné

Fanny Urien-Lefranc

Gestion de projet à l’association Ethnologues en herbe.

Contact : urienfanny@yahoo.fr

Champs de recherche : Anthropologie religieuse et politique ; frontières et circulations (politiques, identitaires, etc) ; patrimoine en situation de conflit ; tourisme ; orientalisme ; transnational ; Brésil.

Parcours universitaire

2007-2008 : M.A à l’Université de Haïfa (Israël)

2008-2011 : Master en Sciences des religions et Société – École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris (mention très bien)

2011- 2018 : Doctorat en anthropologie sociale et ethnologie – (EHESS-IIAC/LAHIC). Soutenance prévue début 2019

Titrede la thèse : Déplacer les frontières. Négociation identitaire et promotion d’authenticité chez les Samaritains d’Israël et de Palestine

Cette thèse explore les modalités d’articulation entre citoyenneté double, appartenance religieuse et aspiration nationale observées dans le processus de formation de la communauté samaritaine. Proches du judaïsme par la religion mais dont ils se démarquent, à la fois citoyens palestiniens et israéliens mais dont ils se distinguent, les Samaritains, qui constituent une minorité ethno-confessionnelle installée à la fois en Israël et en Palestine, manipulent sans cesse leurs frontières identitaires pour s’ajuster à leur environnement, siège d’un conflit qui dure depuis des décennies. C’est au prisme des frontières géographiques, temporelles et symboliques que je propose d’analyser les formes de négociation identitaire au sein de ce groupe, souvent méconnu. Par le biais d’un mouvement de va-et-vient volontaire entre les matériaux historiques (textes de voyageurs, archives, recensements, actes de mariage) et les données recueillies lors de l’enquête ethnographique, ce travail montre les différentes phases de réajustement – d’ouverture et de fermeture – des frontières de la communauté. Loin de souscrire à la vision généralement admise d’un peuple immobile, il met l’accent sur l’articulation entre mobilités et enracinement.

Les Samaritains forment aujourd’hui une communauté d’environ 800 personnes, les unes vivant dans un quartier de la ville de Holon, en périphérie de Tel-Aviv (Israël), et les autres à Kiryat Luza, une localité située sur l’un des sommets du mont Garizim, près de Naplouse (Cisjordanie). Selon eux, leur nom ne proviendrait pas de la province de Samarie dont ils sont issus, mais du terme Shomrîm en hébreu, qui signifie « les gardiens », et par extension « les gardiens de la Loi ». Cet ethnonyme les donne à voir comme les véritables descendants des anciennes tribus israélites du Nord, car ils auraient, selon eux, intégralement conservé les rites, restés inchangés depuis 3000 ans. À l’opposé des Juifs qui auraient, à leurs yeux, entièrement modifié le culte. En dépit de cette rivalité plurimillénaire et du débat sur leurs origines, les Samaritains sont aujourd’hui considérés comme Juifs par l’État Israélien et bénéficient de la loi du retour depuis 1950. De plus, les Samaritains de Kiryat Luza ont obtenu la nationalité israélienne au cours des années 1990, tout en étant autorisés à conserver, à leur demande, la citoyenneté palestinienne. Mais ce statut juridique est soumis aux pressions des Juifs orthodoxes, très représentés depuis quelques années au sein du gouvernement israélien, pour qui ils représentent les Cuthim, appellation péjorative d’origine talmudique désignant les descendants des Assyriens polythéistes. Cette mise à l’épreuve identitaire leur impose un travail permanent de relecture et de fixation de leur mémoire collective, de manière à légitimer et diffuser leur inscription dans le paysage israélo-palestinien. L’examen des reconfigurations territoriales, administratives et politiques depuis le début du xxe siècle et la manière dont elles ont induit des déplacements multiformes (géographiques, sociaux, identitaires) pour les Samaritains donnera un éclairage sur la manière dont celles-ci affectent la géographie sociale et symbolique.

Mettant l’accent sur les représentations héritées du passé, cette thèse suivra la façon dont les Samaritains se les sont appropriées et les ont reformulées dans un nouveau contexte. Au-delà de leur simple fonction de « guides » ou de « passeurs de mémoire », ce travail montre comment les représentants samaritains sont à l’origine de la construction de catégories identitaires et ethnonymiques, ceci en mobilisant les données historiques, archéologiques, génétiques comme autant de preuves authentifiant leur autochtonie. Ces entreprises de visibilisation et de labellisation tendent à montrer les Samaritains comme le véritable peuple autochtone, garant d’une immuabilité territoriale et gardien d’une tradition antique. S’appuyant sur des référents empruntés aux acteurs supranationaux (UNESCO, ONU, etc.), elles déplacent des éléments intrinsèquement religieux dans le champs culturel. En outre, cette recherche montre comment la communauté, unanimement présentée comme un « vestige du passé biblique », est parvenue à s’inscrire pleinement dans le monde globalisé, en en saisissant les outils et en donnant au mont Garizim une dimension transnationale, notamment depuis l’émergence de groupes de personnes, au Brésil, en Sicile et en Indonésie qui affichent depuis très récemment le désir de devenir Samaritains. Les transcriptions de trajectoires individuelles récoltées au Brésil permettront de questionner la notion de « diaspora » que ces nouvelles « entrées dans le samaritanisme » semblent représenter. Cette thèse vise ainsi à éclairer les formes contemporaines des circulations du religieux.

Publications

2018, « Une autre « Terre sainte » revendiquée : le mont Garizim des Samaritains », La Terre sainte en héritage, Éditions du Cerf (à paraître en 2018).

2016, « Le mont Garizim, nouvelle « Genève de la paix » : une capitale sans territoire ? », Ethnologie française, XLVI, n°04. URL : https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2016-4-page-669.htm

2014, « La Pâque samaritaine : l’annonce d’une paix future entre Israéliens et Palestiniens sur le mont Garizim », in Emma Aubin-Boltanski, Claudine Gauthier (dir.), Penser la fin du monde, CNRS Éditions, Paris.

2014, « La Pâque samaritaine, moment de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens ? », in Yazid Ben Hounet, Sandrine Lefranc, Deborah Puccio-Den (dir.), Actes du colloque Justice, Religion, Réconciliation, L’Harmattan, Paris.

Enseignement(séminaire à l’EHESS)

« Transmission et minorités : interroger les mécanismes de perpétuation de la mémoire au sein des groupes sociaux minoritaires ».
1er, 3e et 5e mardis du moisde 17 h à 19 h(EHESS, salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris),du 7 janvier 2014 au 17 juin 2014

Activités professionnelles liées à la recherche et à sa diffusion

Gestion de projet à l’association Ethnologues en herbe , dont l’objectif est de diffuser auprès de tous les publics et en particulier à l’école, les méthodes et techniques de l’ethnologie, ainsi que de sensibiliser à ses thèmes centraux (tels que les stéréotypes, l’altérité, les appartenances, etc...).
- Coordination et animation d’ateliers en classe et sur le temps périscolaire, articulés autour de la découverte par les élèves de l’enquête de terrain.
- Formation à l’ethnologie des personnels de la petite enfance.

- Mise en place des projets et leur valorisation (qui mêle le plus souvent une forme artistique : sons et images, panneaux d’exposition, livrets, etc).

Organisation de journées d’étude

2013, « Patrimonialiser la terre sainte », Journée Doctorale organisée par Elsa Grugeon et Fanny Urien, EHESS, 5 juin 2013.

Principales communications

« Transmettre l’ethnologie dans les classes », séminaire Anthropologie expérimentée : critiques, créations, engagements, dirigé par Anne Monjaret, 19 juin 2018.

« Revendiquer l’antériorité et prédire l’avenir dans la société palestinienne. Les Samaritains de Naplouse, de la pratique magique au lien social », Séminaire La magie dans l’Orient chrétien, juif et musulman : Comparaison de pratiques pratiques en comparaison, dirigé par Ayda Bouanga, 10 juin 2016.

« Dynamiques patrimoniales dans la communauté samaritaine. (Ré)appropriations, recompositions et revendications », Atelier doctoral interdisciplinaire du programme MERAP-MED, « Faire et défaire le patrimoine religieux. Conflit, compétition et coopération à petite échelle », Lisbonne-Évora, du 1er au 5 juin 2015. {}

« Montrer ses origines à tout prix. Les Samaritains, entre attestation de l’autochtonie et mobilisations politiques. » Journées doctorales de l’IIAC, 17 Décembre 2014.

« Les Samaritains au 19e et au 20e siècle : Regards sur la généalogie », Séminaire Entre anthropologie et histoire : la généalogie, dirigé par Enric Porqueres I Géné et Jean-Paul Zuniga, EHESS, 28 avril 2014.

« La Pâque samaritaine : l’annonce d’une paix future entre Israéliens et Palestiniens sur le mont Garizim », Penser la fin du monde, Colloque international organisé par Emma Aubin-Boltanski et Claudine Gauthier dans le cadre du programme A.N.R. « jeunes chercheurs » Eschatologies, EHESS, 18 et 19 octobre 2013.

« Retrouver un rituel « vieux de 3 000 ans » ? La Pâque samaritaine, entre mise en tourisme, tentatives d’appropriations et postures de résistance », Patrimonialiser la terre sainte, Journée doctorale organisée par Elsa Grugeon et Fanny Urien, EHESS, 5 juin 2013.

« Les Samaritains et le Mont Garizim (Palestine) : lieu de culte, lieu de vie et enjeu patrimonial », Séminaire de centre, LAHIC/IIAC :Dynamiques de patrimonialisation des sites et des rituels religieux, dirigé par Sossie Andézian, Christian Décobert et Anna Poujeau, 6 janvier 2012.

« La Pâque samaritaine, le moment de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens », Justice, Religion, Réconciliation,colloque annuel de l’Association Française de Sciences Sociales des Religions (AFSR), organisé par Yazid Ben Hounet, Sandrine Lefranc et Deborah Puccio-Den, 7 février 2012.

« Construction d’un discours prophétique pendant la Pâque samaritaine : l’annonce d’une paix future entre Israéliens et Palestiniens sur le mont Garizim », SéminaireReligion et politique, attentes eschatologiques dans le monde contemporaindirigé par Emma Aubin-Boltanski et Claudine Gauthier, EHESS, 13 février 2012.

« Le mont Garizim et les Samaritains en Cisjordanie », Quels patrimoines pour quelles communautés ? Valeur sociale du patrimoine. Patrimoines et communautés religieuses, Journée d’étude organisée par le Ministère de la culture et de la communication, 12 mars 2012.

« Figures de l’Apocalypse dans la religion samaritaine. Croisements, articulations et constructions »,Religion et politique, attentes eschatologiques dans le monde contemporain, séminaire{}dirigé par Emma Aubin-Boltanski et Claudine Gauthier, EHESS, 3 Janvier 2011.

« Magical pratices among Samaritans », Mystik in Judentum und Islam, Antikes Judentum, Universität Zürich (Suisse), veranstaltet von PD Dr. Ursula Schattner-Rieser, in zusammenarbeit mit dem Lehrstuhl von Prof. Dr. Jörg Frey, 7-9 novembre 2011.