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"L’image et sa glose : composition graphique, structure narrative et énonciation"

par Nadine Boillon - publié le

Michèle Coquet, De l’écrit africain à l’oral-Le phénomène graphique africain, sous la direction de Simon Battestini, Paris, L’Harmattan, 2006, pp. 89-109.

Extrait de l’article : Ce que nous désignons communément par le terme "image" recouvre, selon les contextes culturels considérés, des acceptions d’une grande diversité ; en Occident, celles-ci ont considérablement varié au cours de l’histoire, un constat qu’ont établi nombre d’historiens ou de théoriciens de l’art. Les sociétés africaines, comme toutes les sociétés humaines, fabriquent des images, dans le sens de représentations visibles d’êtres ou de choses imaginaires ou réels, et les images y sont en permanence sollicitées. Cela ne veut pas dire qu’il existe de théorie autochtone, explicitement formulée, les concernant, à l’instar de celle que conçut le monde chrétien. En revanche, s’est développée une réflexion spéculative touchant non seulement aux figurations manufacturées mais aussi à ce qui, en fonction de conventions particulières propres à chaque communauté, est interprété et regardé comme faisant image : certains phénomènes naturels, comme le reflet ou le ciel étoilé, des configurations environnementales naturelles (éléments de paysage), des agencements chorégraphiques ou gestuels, des scènes oniriques, des manières de porter le vêtement et la parure ou d’agencer sa coiffure, etc. Bien souvent, ce qui fait image ne relève d’ailleurs pas du seul domaine de la vue. Le masque, pour prendre un exemple qu’évoquent immanquablement les arts de l’Afrique villageoise, est rarement compris, si ce n’est jamais, comme étant seulement la traduction matérialisée, c’est-à-dire visualisée, d’un être surnaturel. Il en propose aussi généralement une expression sonore et même olfactive. Il n’est parfois que cela, un son, celui d’un rhombe ou d’un sifflet par exemple, mais associé dans l’imaginaire à une instance que des masques représentent par ailleurs visuellement, une association qui a conduit certains auteurs à user de la formule "masque auditif" pour le définir. Ce qui fait alors image, c’est une coalescence de phénomènes, mobilisant divers registres sensoriels, condensés temporairement en un objet à voir ou à imaginer.