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Présentation

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L’idée de l’atelier est de mettre en regard trois perspectives qui composent l’objet complexe "Art de l’enfance et enfance de l’art" :


Qu’est-ce que l’Occident a fait des productions plastiques de ses enfants ? Le premier tableau représentant un enfant qui vient de tracer la figure schématique d’un bonhomme est du XVe siècle, on peut le voir au musée de Vérone, mais l’intérêt, parfois passionné, ne s’affirme que dans les années 1820, à Paris (Géricault, Hugo, Sand ...). Cette génération romantique redécouvre simultanément une très ancienne légende (XIVe siècle), celle de l’enfance de Giotto qu’a fixée Vasari en 1550, et qui montre le petit berger Giotto en train de dessiner génialement sur une paroi. L’art de l’enfant est donc prioritairement interprété comme la trace du génie dans l’enfance de l’artiste. Puis le thème s’élargit jusqu’à la célébration de la spontanéité antiacadémique des enfants et la nécessité revendiquée de se "faire enfant" pour créer (Baudelaire a énoncé la chose avec subtilité et nuances). À ce stade les artistes, les psychologues et les pédagogues se rencontrent, leurs découvertes vont à peu près du même pas à partir de 1890.

Les arts enfantins et l’enfance de l’art. Dès que la qualification d’art est admise pour les productions enfantines, celles-ci entrent dans le corpus en pleine expansion des arts autres (primitif, préhistorique, psychopathologique ...) qui permettent d’interroger l’enfance de l’art sur deux plans corrélés : celui de la genèse individuelle des formes (pulsion créatrice) et celui de l’éclosion de l’art au cours de l’hominisation. Très vaste champ d’intérêts et d’expériences au sein duquel l’observation clinique et ethnographique de ses propres enfants dessinant et modelant a joué un grand rôle (observations menées notamment par Darwin ou Van Gennep). Toutes les grandes questions, en particulier celle de la prééminence de l’abstrait ou du figuratif, s’exprimeront en utilisant, éventuellement, l’argument « art des enfants ». Des corpus énormes sont alors collectés en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, en France... Ils visent à caractériser des styles, des étapes du développement du tracé, etc.

L’enfant créateur : ethnologie comparée. On reproche souvent, et avec juste raison, aux anthropologues de s’être très peu intéressés aux enfants dans les sociétés qu’ils étudiaient, certains l’ont fait toutefois. En effet, le modèle plus ou moins évolutionniste qui présidait aux réflexions sur l’enfance de l’art supposait l’universalité du schéma de développement des formes - chez les enfants et dans les cultures. Il fallait donc vérifier ce postulat. Cela a déclenché d’énormes enquêtes à visée comparative (collectes de réalisations enfantines, tests de dessins). Plus tard, l’ethnographie de l’enfance a pu s’intéresser à des productions plastiques, à leur accueil par les adultes, au jugement porté sur elles, à leur éventuelle insertion dans un procès de transmission des savoir-faire... Nous reviendrons sur l’ensemble de ces études.

Repères bibliographiques :

ARNHEIM, Rudolf, La pensée visuelle, Paris, Flammarion, 1976, vol. 1, (traduction de : Visual Thinking. University of California Press, 1969)

BALDY, René, Dessine-moi un bonhomme. Dessins d’enfants et développement cognitif.Paris, In press, 2002.

BALDY, René, Comment l’enfant devient-il dessinateur ?, Paris, PUF, 2005.

BOISSEL, Jessica, « Quand les enfants se mirent à dessiner. 1880-1914, un fragment de l’histoire des idées. » Les Cahiers du musée national d’Art moderne, Spring, 1990, pp.14-43.

CHEVALLEY, Étienne, Miracles de l’enfance, Lausanne, La guilde du livre, 1952.

DE AYALA, Roselyne et GUÉNO, Jean-Pierre, L’enfance de l’Art. Les plus beaux manuscrits d’enfants, Paris, Éditions de La Martinière, 1999.

FINEBERG, Jonathan, The Innocent Eye : Children’s Art and the Modern Artist. Princeton, N.J. : Princeton University Press, 1997.

FINEBERG, Jonathan, Discovering Child Art. Essays on Childhood, Primitivism and Modernism. Princeton, N.J. : Princeton University Press, 1998.

KELLY, Donna Darling, Uncovering the History of Children’s Drawing and Art, Westport, CT : Praeger Publischers, 2004.

GRAND, Philippe, NIEDERER, Arnold et al., Jeux de notre enfance. Jeux de nos enfants, Sierre, Monographic SA, 1983.

LUQUET, Georges-Henri, Le Dessin enfantin. Paris : F. Alcan, 1927. New ed. Neuchâtel-Paris : Delachaux et Niestlé, 1967.

MATISSE, Henri, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1972.

NAVILLE, Pierre, « Eléments d’une bibliographie critique relative au graphisme enfantin jusqu’en 1949 », p.310-403, in : Le Dessin de l’Enfant. Enfance, mai-octobre 1950, n° spécial, Paris, PUF, 1950.

PERNOUD, Emmanuel, L’invention du dessin d’enfant, en France, à l’aube des avant-gardes, Paris : Hazan, 2003.

PIZZO RUSSO, Lucia, Il disegno infantile. Storia teoria pratiche, Aesthetica edizioni, Palermo, 1988.

RENAUX, Alain, Le savoir en herbe - Autrefois, la plante et l’enfant, Les Presses du Languedoc, 1998.

RICCI, corrado, L’Arte dei Bambini, Torino Fogola,1978.

SANCHEZ MENDEZ, Manuel & HERNANDEZ BELVER, Manuel, Educacion artistica y arte infantil, Madrid, Editorial fundamentos, 2000.

Catalogues d’exposition :

De toutes les couleurs. Un siècle de dessins à l’école. Gollion : Infolio / Genève : Service de la recherche en éducation, La CRIÉE et Musée d’ethnographie, mai 2006.

Les enfants terribles . Il linguaggio dell’infanzia nell’arte 1909-2004, Cinisello Balsamo, Silvana editoriale, 2004

When we were young. New perspectives on the art of the child, Jonathan Fineberg (Editor), Berkeley, University of California Press, 2006.

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