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Clara Hyunjung LEE - Une génération de mères biologiques sud-coréennes (1970-1980) dans l’adoption transnationale : Une approche du lien de parenté par le corps relationnel

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Résumé de la thèse :

Cette thèse, « Une génération de ‘mères biologiques’ sud-coréennes (1970-1980) dans l’adoption transnationale », questionne le caractère présumé ‘biologique’ du lien de parenté qui relie ces mères (les Saeng-mo [생모]) à leur(s) enfant(s). Face à l’impasse du culturalisme (Leach, 1961 ; Needham, 1971 ; Schneider, 1968, 1972, 1984), elle propose, à la suite de Viveiros de Castro, Marilyn Strathern et Enric Porqueres i Gené, d’envisager le corps comme le sujet réel du lien de parenté. L’écoute des témoignages de ces mères qui, et c’est une particularité de notre étude empirique, ont vécu les expériences de la séparation, de l’attente, et des retrouvailles, suggère que le corps est à la fois « perçu » (produit figé de la ‘naturalisation du social’) et « percevant » (acteur vivant du lien). Le lien de parenté ne s’élabore pas à partir de la fausse identité de la « mère biologique » (celle du « corps perçu »), une représentation collective de la mère qui a donné naissance à un enfant hors-lien du mariage et qui la stigmatise en la présentant comme une « mauvaise mère » ou « mère abandonnante ». Celle-ci en effet est inscrite dans une époque (l’après-guerre), un espace (la Corée du Sud), une culture donnée et circonstanciée (imprégnée de néo-confucianisme / et d’une idéologie familialiste, le système Hoju).
Le lien de parenté s’élabore à partir d’un corps ‘réel’, le leur, qui est « percevant » et « relationnel », dont, au fur et à mesure du temps qui passe, elles découvrent l’importance du rôle. Sa réalité ou existence s’affirme sous des formes diverses jusqu’aux retrouvailles : dans la mutualisation de la décision au moment de confier l’enfant à l’adoption ; dans la (re)fondation d’une famille sur un modèle plus ‘libéral’ après la séparation ; et enfin à travers la production de « souvenirs-expériences » symboliques « monologiques » et « participatifs » pendant cette même période. Le moment des retrouvailles offre à la plupart de ces mères l’occasion d’un face-à-face qui va tout changer. Face au corps de l’enfant revenu, elles découvrent que l’hérédité biogénétique ne suffit pas à réenraciner le lien distendu, que l’identité de la « mère abandonnante » est réversible, et surtout que le « temps partagé », le véritable fondement du corps « relationnel », a manqué. Elles entreprennent alors, comme elles le peuvent vu la difficulté, linguistique, culturelle, de la communication, de réinventer ce corps « relationnel », dans sa dimension participative et émotionnelle, mais ici et maintenant. En conclusion, la thèse propose un schéma des trois âges de la parenté qui envisage le lien de parenté comme le produit d’un ensemble de lien « donnés » et « construits » : « trans et intra-relationnels » (avant la naissance) et « inter-pluri-relationnels » (au moment de la naturalisation du social).

Mots clés : Mère biologique, Adoption transnationale, Corée du Sud, Représentation sociale,
Corps relationnel, Corps ‘percevant’, Temps partagé, Personne

La soutenance aura lieu le lundi 17 décembre 2018 à 9 h à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, dans la Salle 7 (2e étage) du 105 Boulevard Raspail, 75006 Paris.

Composition du jury :

Mme. Irène Théry (EHESS)
Mme. Jennifer Merchant (Université Paris II)
M. Alejandro Bilbao (Université de los Lagos)
Mme. Séverine Mathieu (EPHE)
Mme. Yim Eunsil (Université Paris-Diderot)