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Jocelyn Gadbois - Ethnologie du lotto 6/49 : esquisses pour une définition de la confiance

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Résumé

Cette thèse en ethnologie a cherché à comprendre pourquoi des Québécois décident de participer au Lotto 6/49 alors que l’espérance d’utilité est pratiquement nulle. Il y a vraisemblablement un problème de cohérence. Puisque l’auteur n’a pas trouvé de réponses auprès des nombreuses traditions interprétatives au sein des Gambling Studies et des Play Studies, il a décidé de poser la question aux principaux intéressés : les joueurs. Dans ce dessein, il a mené un terrain près des kiosques de vente de Loto-Québec dans les centres commerciaux de la ville de Québec et a réalisé 200 entrevues à brûle-pourpoint. Une réponse a fait consensus chez les joueurs : le Lotto 6/49 est vécu comme une expérience de la confiance. Ce dernier concept réussit à éclairer toute la cohérence des actions des joueurs de Lotto 6/49. En revanche, il est pour ainsi dire absent de la littérature savante sur les jeux de hasard et d’argent. L’auteur a donc cherché à la définir en s’intéressant plus particulièrement à sa mécanique particulière. La confiance coordonnerait selon lui les différents passages qui se produisent entre le joueur et son monde, ce qui faciliterait les échanges. Dans le jeu, elle permet aux joueurs de lever le doute, notamment sur le sens de leur existence. De fait, elle devient un mécanisme magico-religieux. Il explique par la même occasion comment ladite confiance peut faire défaut jusqu’à prendre les joueurs dans leur propre jeu. Pour insister sur la valeur heuristique de sa lecture, l’auteur relate dans cette thèse l’histoire de l’institutionnalisation des jeux de hasard et d’argent pour montrer qu’elle s’inscrit dans une logique de sécularisation des politiques et d’individualisation de la moralité. Si les jeux sont passés de vices à loisirs au cours du dernier siècle, c’est que l’Église a perdu son emprise sur les individus qui ont dès lors davantage besoin de développer leur confiance pour prendre des décisions quant à l’orientation de leur vie. Il met également à profit la notion de confiance pour discuter de débats actuels sur les jeux de hasard et d’argent, notamment celui sur la responsabilité sociale des sociétés d’exploitation des jeux. L’auteur profite de sa conclusion pour dégager de nouveaux chantiers qui pourraient permettre de faire avancer les connaissances sur les jeux de hasard et d’argent.

Sous la direction de Daniel Fabre et de Laurier Turgeon.

Soutenue en 2012

à Paris, EHESS en cotutelle avec Québec, Université Laval