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David Puaud - Anthropologie d’un procès : crime, marginalité et travail social

par Chrystèle Guilloteau - publié le

Résumé

Le présent travail analyse les enjeux symboliques liés à l’explication d’un crime par la biographie psychosociale d’un individu marginal lors d’un procès d’assises. Cette thèse s’appuie sur une enquête de « participation observante » menée au sein d’un service social de prévention spécialisée. Du 16 au 25 mars 2010 eut lieu à Tours (France), le procès en cour d’assises de Jean Ouvrard et Julien Lidy. Ils comparaissaient avec cinq autres personnes pour le meurtre avec acte de barbarie de Michel Firmin qui avait eu lieu en 2007. Durant ce procès, je témoignai du suivi éducatif que j’avais mené avec J. Ouvrard dans le cadre de ma fonction d’éducateur de rue. L’hypothèse qui y fut défendue fut, notamment, que le meurtre s’expliquait par les « traits de personnalité pathogènes » du principal accusé, J. Ouvrard. En l’absence de mobile, des extraits de sa biographie psychosociale servirent de support à l’analyse des « raisons du crime ». En ce sens, il y fut « expliqué » une histoire dans laquelle manquait la dimension historique. Dans la première partie du travail, je réalise l’ethnographie du procès d’assises. Dans la deuxième partie, à partir de cette situation, je « déplie » dans le temps et l’espace certaines données issues des débats oraux du procès en analysant différents détours. L’étude des transformations du quartier populaire où résidait J. Ouvrard met en évidence que la déstructuration du tissu ouvrier local a entraîné la stigmatisation identitaire des habitants de Châteauneuf. Les familles en situation de marginalité avancée font l’objet de multiples suivis sociaux et judiciaires. Le suivi du déroulement de ces « prises en charge » auprès de la famille Ouvrard, durant treize années, me permet d’appréhender anthropologiquement des éléments contextuels qui ont conduit ce jeune adulte au désastre mais, au-delà de toutes réifications identitaires, l’attention aux processus socio-anthropologiques favorise également l’observation des tentatives de subjectivation de J. Ouvrard face aux dispositifs sociaux et/ou judiciaires. L’ensemble de ces « détours » permet de mieux revenir, dans la troisième partie du travail, sur les enjeux symboliques liés au dispositif du procès d’assises de J. Ouvrard. L’analyse de la « trame discursive » déployée par les acteurs de la scène judiciaire met en évidence l’agencement d’un « continuum médico-socio- judiciaire » visant à expliquer le meurtre par le « potentiel morbide » de J. Ouvrard. Les traits de personnalité mis en exergue pour expliquer le crime sont notamment liés à la perception négative d’une partie de la jeunesse issue des quartiers populaires français. Ces représentations se retrouvent être relayées par le biais d’un dispositif médiatique dans la société. L’hypothèse du travail est donc d’appréhender ce procès en cour d’assises comme un lieu où se manifestent des vérités identitaires performées à travers la description du « monstre humain », Ouvrard.

Sous la direction de Michel Agier.

Soutenue en 2014

à Paris, EHESS .