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Globalisation normes et tensions

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Globalisation normes et tensions pense à partir de l’inscription dans le présent, la construction d’un futur, souvent déjà inclus dans le présent. Il met l’accent sur l’échelle globale aussi bien du côté des types d’acteurs que des circulations ou des phénomènes de tensions transnationaux.

  • Acteurs et sujets de la gouvernance globale

Bellier, Bortollotto, Collomb, Fischler, Gauthier, Maisonneuve, Müller,Porqueres i Géné, Puccio-Den, Saiag, Raude, Richard, Sagnes,Voisenat

On se place ici sur la ligne de partage entre l’énoncé de normes émanant d’institutions, globales ou à portée planétaire, et les pratiques des acteurs. Les travaux engagent des collaborations internationales, une vingtaine de doctorants et des post-doctorants, et s’appuient sur des enquêtes de terrain et des séminaires. Ces projets prolongent les recherches du LAIOS sur les formes de gouvernance et les déplacements du politique.

1.1 Anthropologie des droits des peuples autochtones : enjeux globaux 

La question des droits des peuples autochtones, étudiés par I. Bellier dans le cadre de la recherche ERC qu’elle a pilotée sur les échelles de la gouvernance, sera étendue à la transformation des institutions (autochtones, hybrides, étatiques) sous l’influence de la circulation des normes et des pratiques internationales. IB est responsable scientifique du GDRI « Justice et peuples autochtones » (JUST-IP, soutenu par le CNRS à partir de 2017), pensé de manière à articuler 4 axes critiques de la fabrique des normes et de leur mise en pratique : 1) Institution du droit et organisations autochtones ; 2) Mobilisations pour la justice et la citoyenneté ; 3) Développement, justice environnementale et spatiale ; 4) Politiques des savoirs et reconnaissance : villes, universités, musées. Le but est d’appréhender les manières dont les sociétés autochtones organisent leur destin sous de nouvelles contraintes liées à la globalisation. En incorporant les aspects mémoriels et les effets disciplinaires à une réflexion sur la co-construction des savoirs, cette recherche identifiera différents scénarios des articulations contemporaines des peuples autochtones avec des ensembles plus larges : sociétés nationales, systèmes régionaux des droits humains, organisations internationales, communautés scientifiques et institutions culturelles. Pluridisciplinaire (anthropologie, droit, études urbaines, géographie, histoire, sociologie, science politique), le GDRI implique 16 partenaires (6 principaux et 10 associés) soit, à ce jour, 44 personnes en Argentine, Australie, Brésil, Canada, Espagne, France, Mexique, Norvège. En vue de présenter un nouveau projet ERC, une série d’activités a été définie autour de : séminaire « Perspectives comparatives sur les droits des peuples autochtones » ; mise en place d’un circuit de formation et d’échanges entre universités partenaires ; connexion des réseaux scientifiques (Europe et reste du monde) centrés sur les droits des peuples autochtones ; réalisation de 2 événements par an (colloque, université nomade, journées d’étude) ; publications de dossiers spéciaux et connexion des plateformes électroniques. JUST-IP implique 8 doctorants supervisés par I. Bellier, 3 membres associés du LAIOS et d’autres doctorants associés par les partenaires.

1.2. La vie, le vivant, entre normes et pratiques 

L’enjeu est de réfléchir à un cadre analytique susceptible de saisir ces univers où les normativités sociales se superposent, s’entrecroisent, s’entrechoquent. En filigrane de toutes les recherches, y compris celles dans le domaine des peuples autochtones, se déploie une réflexion sur la vie et le vivant, menée au sein du LAIOS en complément de l’approche par l’anthropologie politique et des institutions.

Dans le cadre du programme Dyalog (CNRS/Univ. de Guyane) auquel il est associé pour une étude interdisciplinaire des phénomènes d’instabilité côtière en Guyane, G. Collomb interroge la notion de vulnérabilité, appliquée aux Amérindiens qui peuvent de moins en moins exercer leur capacité d’adaptation et de résilience. Il analyse la construction et la réception de cette notion ainsi que la production des normes et des qualifications à travers lesquelles l’Etat et ses agents fondent leur action.

À partir d’une enquête sur « nourritures, propriétés et pouvoirs » au sein de la FAO et du Comité de sécurité alimentaire, et dans 2 pays, B. Müller confronte la controverse sur les technologies agricoles « nécessaires pour nourrir le monde », aux logiques et pratiques quotidiennes des agriculteurs de la Saskatchewan et du Carazo. Dans le projet franco-indien GROUP FARMING, avec une perspective comparative engageant des chercheurs cubains, elle étudie, en France, les logiques économiques des groupements de producteurs agricoles, s’articulant avec les engagements politiques et l’intervention de l’État. Au sein du réseau EASA LAW-NET, elle poursuit sa réflexion sur les modes de gouvernance des entreprises multinationales. Elle associe 4 doctorants à ces recherches.

E. Porqueres i Gené réalise une analyse comparative de la gouvernance idéologique des êtres prénataux. Il prend en compte des contextes ethnographiques classiques et les cadres des biotechnologies reproductives contemporaines. Par ailleurs, il déposera un projet ERC sur la fabrication de la norme autour des commencements de la vie au sein des cadres de la bioéthique catholique, à partir d’une douzaine de sites ethnographiques dans le monde, incluant le Vatican.

D. Puccio-Den interrogera le rapport aux normes à travers une recherche double : sur les processus judiciaires d’attribution des responsabilités dans les crimes mafieux ; sur des actions sociales qui engendrent des formes de « déresponsabilisation » (crime, danse, rite) en dissociant le sujet de ses actes, ces deux volets constituant la base de son HDR. Un ouvrage sur la responsabilité est prévu aux Éditions de l’EHESS.

H. Saiag étudie ce en quoi la financiarisation contemporaine des rapports sociaux entraine une transformation des structures sociales localisées. Alors qu’il s’agit d’un phénomène global, il appréhende la financiarisation « par le bas », à partir d’enquêtes dans le cordon industriel de Rosario sur le boom du crédit à la consommation, le système de protection sociale et les formes d’endettement. Il examine le processus par lequel l’usage des services proposés par les institutions financières est devenu indispensable à la vie quotidienne des populations, dont certaines ne sont pourtant pas bancarisées.

1.3. Globalisation et patrimoine

Deux mouvements convergents participent de la fabrique du patrimoine universel : la marchandisation de la culture et les sur-classements, dont les inscriptions sur les listes de l’UNESCO. Leurs ressorts, potentiellement antinomiques, induisent des tensions auxquelles s’ajoute la collision des intérêts économiques, politiques, symboliques propres à chacune des échelles (locale, nationale, internationale) du fait patrimonial. Saisir la manière dont ces tensions diverses travaillent la valeur des patrimoines matériels et immatériels et, avec elle, les identités revendiquées, suppose de dépasser la seule question de l’appropriation, pour élargir le questionnement à l’instauration patrimoniale elle-même, désormais le fait des communautés, dont les standards unesquiens du PCI consacrent le rôle. Cinq chercheurs collaborent à ce thème : S. Maisonneuve, S. Sagnes, C. Bortollotto, C. Gauthier, C. Voisenat.

1.4. Globalisation, alimentation et santé publique

L’alimentation, objet longtemps négligé par les sciences sociales, est aujourd’hui projetée au premier plan par la nécessité de plus en plus urgente de penser de manière systémique et complexe l’ensemble de ses dimensions, jusqu’ici fragmentées dans des champs divers et trop souvent cloisonnés : « sécurité alimentaire » (food security) et « sécurité sanitaire » (food safety), production agricole « durable » (sustainable), démographie, nutrition (« transition nutritionnelle ») et santé publique, cultures alimentaires, interactions sociales et processus d’individualisation de la consommation. C. Fischler poursuivra ses recherches en ce sens, G. Richard poursuivra une étude par questionnaire sur les perceptions des Français(e)s à l’égard des actions de prévention en faveur d’une meilleure alimentation.

Dans le cadre des programmes de recherche multidisciplinaires ZIKALLIANCE (financement : H2020 — Union Européenne et RISCOVAC, ANR), J. Raude mène un travail sur la réception sociale des controverses et des alertes sanitaires.