Nos tutelles

CNRS Nom tutelle 1

Rechercher






Accueil > L’ Iiac > Activités scientifiques > Séminaires et enseignements de l’IIAC 2017-2018

Globalisation : normes et tensions

par Nadine Boillon - publié le

Séminaire 2017-2018 du LAIOS
Coordination : Irène Bellier et Deborah Puccio-Den

Jeudi 15 février 2018, 14h-17h

EHESS, 54 boulevard Raspail, salle AS1_08

"Tous responsables, aucun coupable"
Réponse à une accusation gouvernementale dans la vallée de l’Omo
Jean-Baptiste Eczet, Postdoctorant, EHESS IIAC/LAIOS

Printemps 2015. Les pluies commençaient à s’abattre sur le pays Mursi, dans le Sud-Ouest éthiopien, mais il fallait attendre pour la récolte. Les réserves de sorgho se tarissaient et deux évènements ajoutèrent des tensions à cette période difficile. D’une part, les Mursi furent accusés par le gouvernement de se rendre complices d’un groupe de Hamar qui venait de tuer une dizaine de buffles dans le parc national Mago. D’autre part, ils étaient aussi suspectés du meurtre de deux ingénieurs chinois venus faire des relevés pour la construction d’une route. Les forces gouvernementales mettaient chaque jour plus de pression, afin que d’éventuels coupables se rendent. Parmi les Mursi, certains décidèrent de mettre à mort un bovin et d’organiser un débat public.
Cette communication est d’abord le récit de la mobilisation politique dans une situation où tout le monde est concerné, mais où personne n’est coupable. On y verra comment les intérêts personnels s’agencent à des propositions collectives, comment la classe d’âge des « guerriers » peine à faire débattre celle des « anciens ». Cette communication est aussi une réflexion sur ce qui fait politique, sur comment la représentation se construit, et sur les pleurs qu’engendre la mise à mort d’un boeuf au
milieu d’un débat.

IIAC-LAIOS (UMR 8177) EHESS – CNRS, 54 Boulevard RASPAIL 75006 PARIS FRANCE
Tél. +33 1 49 54 22 20 Courriel : ibellierchezehess.fr http://www.iiac.cnrs.fr/laios/

Présentation générale du séminaire

Cette année, le séminaire du LAIOS proposera une approche anthropologique et politique des rapports entre « normes » et « pratiques ». L’enjeu est d’éprouver sur plusieurs terrains les cadres analytiques permettant de se saisir de ces univers où
les normativités sociales se superposent, s’entrecroisent, s’entrechoquent, et de comprendre le sens de ces croisements.
Les travaux sur les échelles de la gouvernance ont montré l’interpénétration du global et du local, contribuant à brouiller les frontières du politique (en regard de la territorialité notamment) sans effacer leur pertinence sociale pour les sujets et
les non sujets de droits. L’étude de la fabrique des normes internationales montre que le droit n’a pas pour seule fonction de réguler l’ordre social, puisqu’il peut être porteur de logiques d’émancipation tout en induisant un sens de la dépossession : ses branches – pouvant englober le droit canonique, les chartes locales ou la « coutume » – parfois s’opposent les unes aux autres par leurs logiques constructives, discursives et performatives, et peuvent aussi donner lieu à des systèmes hybrides. L’observation des controverses autour du rôle des technologies reproductives, agricoles ou numériques témoigne des rapports de force en oeuvre et des empreintes idéologiques sous-jacentes. À partir des recherches sur les questions de responsabilité (mafia, État), de rapport à la terre (paysans, peuples autochtones), de parenté (embryologie), de différentes formes d’appel à la « justice », entre autres, nous examinerons ce que « norme » veut dire dans une perspective anthropologique, prise dans une historicité et définie par des logiques d’acteurs et actrices situé.e.s.